21 juin 2013 9H Acqui Terme 21 June 2013 9 am

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Me voilà en double messager. J’avoue que ce n’est pas si facile à gérer. Hier après le dîner j’étais impatient de rejoindre mon rendez-vous temporel. Je n’ai pas encore complètement découvert les paysages de la Province d’Alessandria, loin de là. Et puis j’avais oublié le profil sensible de celui qui m’avait donné à lire et à imaginer ces collines inspirées et couvertes de vignobles il y a déjà quelques années. C’est bien lui qui se trouvait derrière la porte.

J’étais venu participer à une rencontre à Cuneo sur les grandes fabriques de soie, il y a exactement vingt ans et j’étais passé devant l’hôtel Roma de Turin où en 1950 Cesare Pavese s’est donné la mort. Je m’étais alors précipité sur « Le métier de vivre ». Au lieu de me rendre à la biennale de Venise où je devais introduire des films d’artistes, j’ai passé trois jours dans la capitale du Piémont entre ce livre, un sommeil épuisant de début d’été dans une chambre trop chaude et la visite des antiquités égyptiennes, comme si cet hôtel avait eu valeur d’aimant.

« Non ci si uccide per amore di una donna. Ci si uccide perché un amore, qualunque amore, ci rivela nella nostra nudità, miseria, inermità, amore, disillusione, destino, morte. »

Les phrases résonnaient avec mes propres désirs insatisfaits dans la voix de Léo Ferré et dans celle de Vittorio Gassman. Cette première année d’expérience européenne avait en effet été épuisante.

Je crois que je vais devenir un drogué de ces rendez-vous surprenants avec le temps manqué où je peux soudain poser toutes les questions qui restaient inexplorées dans ma mémoire. Les interférences et même les intermittences du temps lui ont permis de m’inviter à relire le poème qu’il a laissé avant de franchir l’infranchissable. Comment en serait-il autrement ?

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Constance Dowling, l’Américaine semblait ainsi présider entre nous en permanence, comme un double de Jean Seberg. Mais par chance, nous sommes revenus ensemble vers les souvenirs d’enfance. Nous avons eu ensemble le courage de nous arracher à la lourdeur du sort. Sa prime jeunesse s’enracine près d’ici. Très précisément à Santo Stefano Belbo, en Province de Cuneo, avant la première guerre mondiale. Tout se recoupe et s’éclaire !

Mais il était venu d’abord pour me demander d’oublier les drames et de relire les célébrations de la campagne piémontaise. Connaissait-il l’objet de ma visite de l’après-midi ? A-t-il commandité mon parcours de demain ? Une telle désespérance doublée d’un tel espoir que je participe à ses célébrations intimes ne pouvait venir que d’une longue promenade qu’il avait dû faire lui-même récemment dans son errance !

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Il sera là dans un an pour le Café de l’Europe m’a-t-il avoué, avant que je franchisse de nouveau la porte dans l’autre sens.

Je dois chercher l’acteur qui devra alors l’incarner.

Il me demandé qu’on relise en priorité « La luna e i falo » « La lune et les feux » Mais je ne vais pas attendre. Dans l’instant même, je me glisse avec lui dans les sentes qui éloignent son personnage des villes bombardées :

« Allora camminavo tendendo l’orecchio, levando gli occhi afli alberi familiari, fiutando le cose e la terra. Non avevo triestesse, sapevo che nella notte la città poteva andare tutta in fiamme et le gente morire. I burroni, le ville e i sentieri si sarebbero svegliati al mattino calmi e uguali. »

 

Here I am, a bearer of a double message.  I tell you, it’s not that easy to pull off.  Yesterday, after dinner, I was looking forward to my rendezvous with time.  I have not yet fully discovered the landscapes of the province of Alessandria.  In fact, I had forgotten why I was allowed interpret and imagine them and by whom many years ago.  He was behind the door.

I had come to participate in a meeting in Cuneo on the great silk factories, exactly twenty years ago, and I had passed by the Hotel Roma of Turin, where in 1950 Cesare Pavese had taken his life.  I then delved into “The Business of Living”.  Instead of going to the Venice Biennial where I was supposed to introduce a collection of artists’ films, I spent three days in the capital of Piedmont between this book, exhausting early-summer sleep in an exceedingly hot room, and the tour of Egyptian antiques, as though this hotel took on the characteristics of a lover.

“Non ci si uccide per amore di una donna. Ci si uccide perché un amore, qualunque amore, ci rivela nella nostra nudità, miseria, inermità, amore, disillusione, destino, morte.”

These words resonated with my own unsatisfied desires, and indeed an exhausting first year of experiencing Europe.

I feel I am going to become addicted to these surprising rendezvous with lost time, where I can all of a sudden ask all the questions that remained unexplored in a small corner of my mind.  The interferences and even the intermittences of time had not avoided making me re-read the poem that he had left behind before crossing over to the un-crossable.

How could it be otherwise?  Constance Dowling, the American, seemed then to be permanently between us, like Jean Seberg’s double.  Yet by chance, we returned together to infancy.  We both had the courage to free ourselves from the heavy burden of fate.  His earliest childhood is rooted near to here, specifically in Santo Stefano Belbo, in the province of Cuneo, before the First World War.  Everything comes together and becomes clear to me!  But he came above all to ask me to forget the tragedies, and to reread the celebrations of the Piedmont countryside.  Did he know of my afternoon tour?  Had he funded my route tomorrow?  Such desperation and such hope that I participate in these intimate celebrations could only come from a long walk that he must have taken himself recently in his own wandering!

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He will be there in a year for the Café of Europe, he has vowed to me, before I pass through the door in the other direction.  I must find the actor who is to incarnate him.  He has asked for us to reread La Luna e i falò, “The Moon and the Bonfires” as soon as possible.  But right now, I am creeping with him around the paths that take his character away from the bombarded towns:

“Allora camminavo tendendo l’orecchio, levando gli occhi afli alberi familiari, fiutando le cose e la terra. Non avevo triestesse, sapevo che nella notte la città poteva andare tutta in fiamme et le gente morire. I burroni, le ville e i sentieri si sarebbero svegliati al mattino calmi e uguali.”

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